Soldes flottants sur le gril de la sincérité

Vitrine Burton - Photo Hélène Denamps

Une table ronde s’est tenue sur les soldes flottants au dernier salon du prêt-à-porter. L’occasion de rassembler Charles Melcer, Président de la fédération nationale de l’habillement, Jean-Pierre Mocho, Président de la Fédération Française du Prêt-à-porter féminin, Jean-Pierre Fabre, Président de la fédération nationale des détaillants de chaussures de France, Patrick Aboukrat créateur d’ Abou D’Abi Bazar et Robert Bréhon, Président de l’union régionale de l’UFC-Que Choisir.

La loi de modernisation de l’économie (LME)  date du mois août 2008 et ne semble pas remporter tous les suffrages auprès des fédérations professionnelles. Cette nouvelle loi a notamment raccourci la période des soldes à 5 semaines, tout en laissant la possibilité aux commerçants de pratiquer une semaine de soldes flottants en été et en hiver. Le résultat fut une désorganisation totale du calendriers des soldes, provoquant la perte de notion du « juste prix » auprès des consommateurs.

Sondage Magazine2mode

Servant de base à la discussion, le sondage « Soldes & soldes flottants, halte aux armes de promotions massives » paru dans le magazine « Boutique2mode », indiquait que 94% des détaillants interrogés étaient contre les soldes flottants. Un rejet massif justifié par la nécessité de revenir à la fonction initiale de ces périodes de vente à perte, qui consistaient  à écouler les stocks d’invendus en fin de saison hiver et été.

Dans un contexte de dégradation du marché et de l’accélération des ventes privées sur Internet, la répétition des braderies accentue la problématique de la perte du pouvoir d’achat. « A force de vendre à prix réduit, les distributeurs vont passer pour des voleurs », déplore Charles Melcer. La bonne idée, selon lui, serait de revenir au « juste prix » en portant les efforts sur « la véracité » en termes de qualité de produits, de prix, de services. D’ailleurs, « aller au moins cher, tue la valeur ajoutée » renchérit Patrick Boukrat.

Cependant, tous les circuits ne sont pas logés à la même enseigne. Aujourd’hui, l’essai des soldes flottants s’avèrerait plutôt heureux pour les grands magasins et malheureux pour les détaillants. Avec un coefficient situé entre 2 et 3 dans le métier, comment envisager de solder toute l’année en margeant à 2.5 ? » s’interroge Jean-Pierre Mocho.

Et l’avis des consommateurs ?

Sur ce sujet  Robert Bréhon note quelques changements dans les comportements : « au départ, les consommateurs n’ont rien demandé, mais aujourd’hui, ils veulent connaître la vérité du prix».

Le message à leur transmettre serait  de les convaincre qu’ils achètent un produit et pas un rabais. En fait, pour UFC-Que choisir, il n’existe pas d’argument professionnel valable pour justifier d’écouler son stock en milieu de saison, d’autant que le consommateurs ne fait pas beaucoup la différence entre les soldes et les soldes flottants.

Dates en question

En référence au sondage, 78% des détaillants ne veulent pas continuer les dates des soldes, telles qu’elles sont imposées actuellement., car elles débutent trop tôt. Les dates préconisées seraient le 15 juillet pour les soldes d’été et le 15 janvier pour les soldes d’hiver. Une période de promotions pourrait précéder les soldes officiels.

Soldes et prix sincères 

Pour lutter contre l’arnaque des prix et aller vers plus de transparence, il serait important d’organiser une campagne nationale de soldes et de prix sincères. Il s’agit  d’une certaine manière d’assurer la traçablité des prix à destination des consommateurs. Le principe serait de leur  apporter la garantie que la marchandise est bien une marchandise de saison et qu’elle a bien été achetée un mois avant la période de rabais. « Aujourd’hui, il n’existe plus de sincérité dans le commerce », constate Charles Melcer. Le consommateur pourrait  acheter à ceux qui inscrivent  sur leur vitrine « costume à prix sincère » en apportant des preuves à l’appui.

Revendications  pour retrouver ses repères

Pour lutter contre la perte de marge, l’absence de rentabilité et l’effondrement du tissu commercial dans les centres-villes quelques axes de revendications sont apparus. Tout d’abord, la suppression du terme « flottants », pour permettre l’uniformisation du calendrier à l’échelle nationale. Ensuite, vendre « la sincérité » au consommateur, qui doit être informé « qu’il ne se fait pas avoir », martèle Charles Melcer. Il ressort de cette table ronde le besoin urgent  de reconquérir la confiance des consommateurs.

Prudence des détaillants

Au mois d’août 2010, l’institut Markit, société d’information financière mondiale, rendait public les résultats de son baromètre du commerce de détail en France (Etude PMI -Purchasing Managers Index). Les commerçants faisaient part d’un « ralentissement de la croissance des ventes du fait de la frilosité des consommateurs ». Le climat social difficile, les grèves, le chômage et la problématique du pouvoir d’achat pouvaient dans les mois à venir encore freiner l’expansion de l’activité. Les détaillants observaient un 31ème repli mensuel consécutif des marges brutes. La diminution de leurs marges résultaient de l’augmentation des prix d’achats de la marchandise destinée à la revente et des fortes pressions concurrentielles. Leur prudence entraînait la  diminution des commandes et par conséquent celle des stocks également. L’institut Markit signalait le manque de visibilité des détaillants pour leurs perspectives d’affaires à court terme »

Soldes en demi-teinte

Les derniers résultats de la consommation d’articles d’habillement de l’lFM en juillet affichait une progression globale des ventes d’habillement de 19,4%  et  20,9% chez les indépendants. La hausse du chiffre d’affaires était en partie expliquée par le décalage du début des soldes, qui a eu un effet positif sur les ventes. Le cumul sur la période janvier-juillet était stationnaire pour les indépendants à -0,5% pour un total de -0,3%  tous circuits confondus. De quoi apporter des éléments contradictoires au débat.

La réunion des fédérations professionnelles est prévue à Bercy le 14 septembre autour du secrétaire d’état au commerce Hervé Novelli. A la veille des négociations, les fédérations semblent bénéficier d’une écoute attentive de la part du secrétariat d’état au commerce. « Ils ont envie de nous écouter », confirme Jean-Pierre Mocho . même si trois des ministres, à l’initiative de ce projet , sont  toujours au gouvernement. Une situation, qui laisse envisager peu de changement dans la réforme .

 

 

 

Publicités

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s