Mode sous influences

L'exotisme dans la mode - Photo Hélène Denamps

Comment la mode occidentale s’inspire-t-elle des autres cultures et comment utilise-t-elle sa propre histoire ? Un vaste sujet, auquel la Chaire d’Histoire de la Mode et du Costume de l‘Ecole du Louvre, va se consacrer jusqu’en 2013, grâce au mécénat de la Fédération Française du Prêt-à-Porter Féminin. L’objectif de ce mécénat est de « mettre en perspective notre histoire avec les grands défis de demain », explique Jean-Pierre Mochot, Président de la Fédération Française du Prêt-à-Porter Féminin.

C’est, en effet, grâce au travail conjoint de la Fédération Française et du Prêt-à-Porter Féminin et de l‘Ecole du Louvre , que la première chaire spécifique sur l’histoire de la mode et du costume a vu le jour en 2007. La direction scientifique a été confiée à Catherine Join-Diéterle, conservateur général honoraire des musées de la Ville de Paris.

Qu’apportent à la mode les autres cultures ?

C’est sous l‘angle de l‘exotisme que cet apport est étudié pendant trois ans. Et pour tous les « modeux », à la recherche de nouvelles tendances, se pose la subtile question de la différence entre exotisme et influences. En guise de réponse, quelques mots clés vont baliser la compréhension de nos multiples sources d’inspiration.

Exotisme 

C’est le regard porté sur les autres coutumes. Un créateur réalise une sélection d’éléments singuliers empruntés à une autre culture, qui seront retraduits dans son propre champ d’expression créative. Le continent africain inspire Yves Saint Laurent. Ses modèles présentés sur le mannequin Twiggy dans la seconde moitié du XXe siècle, en sont une excellente illustration.

 « Si la différence excite la curiosité, encore faut-il être capable de la voir ».

Catherine Join-Diéterle, conservateur général honoraire des musées de la ville de Paris.

En 1920, l’exotisme est à son apogée au même titre que les empires coloniaux. Il existe une relation évidente entre la politique, l‘économie et la mode. Mais l’exotisme peut également se rapprocher du régionalisme. En 1922, le couturier Paul Poiret a été le premier à créer des robes, qui s’inspiraient du costume breton. Un regard innovant pour l’époque.

Adapter, recomposer……..

La difficulté est de transposer les valeurs sociales, l’érotisme et la coupe de vêtements venus d’ailleurs. Si la nuque est le point d’érotisme au Japon, c’est la ligne du corps en « S », à la fin du XIXe siècle, qui prime en Occident. Pour être adoptées, ces nouveautés sont donc portées dans l’intimité ou pour aller au théâtre. Mais si la fonction de l’exotisme est de faire rêver, quel peut être son avenir ?

Influences 

Le jean, devenu produit de mode, était initialement un vêtement de travail. Il s’agit d’un jeu d’influences, parfaite représentation d’un idéal de vie à l‘américaine. Dans « La rivière sans retour », Marilyn Monroe apporte au jean une touche particulièrement glamour.

Historicisme

Ce concept n’est pas propre à la mode car on le retrouve dans l’architecture et dans les arts décoratifs. Dans le film, « La princesse de Montpensier », le film de Bertrand Tavernier avec Mélanie Thierry. L’héroïne est habillée en nymphe, à l’occasion d’un bal organisé en 1562. Ce costume inspiré de l’antiquité est un exemple d’historicisme. Plus proches de nous, le « New Look » de Christian Dior illustre également ce concept, inspiré du Second Empire et des crinolines de l’Impératrice Eugénie.

Vintage

Déjà très en vogue en 1830 en Angleterre. Mais c’est en France, en 1889, à l’occasion de la fête de la Révolution, que des habits d’hommes brodés sont ressortis des greniers et confiés à des couturières pour être transformés en jaquettes  féminines. Les élégantes en font leurs tenues de promenade. Ce retour dans le passé marque le début de l’éclectisme, caractérisé par un mélange de sources d’inspiration, qui s’accentuera au fil des décennies futures.

Deux créatrices de mode

Pour illustrer cet exposé, Sakina M’sa et sa marque éponyme et Gabriella Cortese, créatrice d’Antik Batik ont été invitées.

Sakina M’sa ou l’historicisme recomposé

Le drapé décalé de Sakina M'sa- Photo Hélène Denamps

Comment représenter le drapé ? En adoptant un vocabulaire universel du drapé décalé. Ses plissés sont inspirés de l’antique. Sakina M’sa a une façon originale de regarder le passé en refusant les conventions. Elle le dit elle-même : elle a une sainte horreur de l’exotisme. Et c’est vers la lecture, qu’elle se tourne, pour trouver de nouvelles émotions, qu’elle traduit dans ses nouvelles créations.

Antik Batik ou l’exotisme engagé

Antik Batik "fait main depuis 1993"-Photo Hélène Denamps

Pour Gabriella Cortese, c’est l’ouverture à toutes les cultures du monde, qui prime. Elle met en valeur l’artisanat « fait main depuis 1993 » et exprime l’envie de vêtements, qui ne sont pas uniquement des produits de consommation industrialisés. Mais c’est surtout l‘humain ou « la rencontre de l’autre », qu’elle met en scène, au point de dissimuler dans sa dernière campagne de presse, ses propres créations. Quand on lui demande de quelle façon, elle perçoit le monde de la mode, c’est avec légèreté, qu’elle dit créer des collections pour une femme moderne, qui « est comme un guerrière citadine, qui a des vêtements romantiques dans son armoire ».

La conférence  s’est achevée sur la question de l‘évolution des pays émergents, dont la réponse pourrait faire l‘objet d’une étude à part entière.

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